SACRED est un groupe industriel spécialisé dans le caoutchouc et les élastomères. Historiquement implantée à Saint-Lubin-des-Joncherets, l’entreprise, désormais dirigée par Stéphane Tortrat, s’appuie aujourd’hui sur huit sites — dont quatre en France et quatre à l’international — et emploie plus de 540 salariés. Forte de deux métiers clés, la formulation de mélanges de caoutchouc et la production de composants techniques, SACRED intervient dans des secteurs exigeants tels que l’automobile, le ferroviaire, l’aéronautique ou la défense.
La reprise de l’entreprise SACRED s’inscrit dans une histoire industrielle et humaine de long terme, portée aujourd’hui par Stéphane Tortrat. À la tête de la société Fenec depuis 1995, société familiale spécialisée dans le caoutchouc, il connaissait déjà bien SACRED, initialement fournisseur de mélanges. Une relation qui a progressivement évolué vers un véritable partenariat industriel.
Au fil des années, les deux entreprises ont renforcé leurs liens. Dès 2007, une collaboration stratégique se met en place autour du développement à l’international, notamment en Europe de l’Est, où Stéphane Tortrat implante une usine en Roumanie. Ensemble, ils produisent alors pour des clients du secteur automobile. Cette coopération, construite sur plus de dix ans, repose sur une confiance solide et une loyauté réciproque.
Un tournant intervient en 2018 lorsque Didier Fégly, alors président de SACRED, propose à Stéphane Tortrat d’entrer au capital. Quelques années plus tard, alors que le groupe est mis en vente et qu’un projet de reprise par un fonds échoue en 2025, une nouvelle opportunité émerge. Avec le soutien de Bpifrance et de BNP Paribas Développement, un montage en LMBO (Leverage Management Buy-Out) est envisagé, associant managers et salariés.
Une quinzaine de managers clés investissent ainsi leur épargne personnelle et deviennent actionnaires de l’entreprise. Les directions stratégiques — achats, qualité, ressources humaines, finance ou encore industrie — sont désormais directement impliquées dans le capital. Si Stéphane Tortrat est majoritaire, il insiste sur cette dynamique collective qui constitue, selon lui, la force du projet.
Sur le plan industriel, SACRED dispose d’atouts différenciants. L’entreprise maîtrise en interne la formulation de ses mélanges de caoutchouc, grâce à un laboratoire intégré situé à son siège de Saint-Lubin-des-Joncherets. Des chimistes y développent des “recettes” sur mesure, comparables à une pâte à gâteau industrielle, permettant ensuite la fabrication de pièces à haute performance. Cette maîtrise complète de la chaîne de valeur, de la chimie au produit fini, reste rare dans le secteur.
Stéphane Tortrat accepte de porter cette reprise à condition qu’elle soit collective
Dans un contexte où l’industrie automobile — principal marché de SACRED — est sous tension à l’échelle mondiale, l’entreprise adapte sa stratégie. Déjà implantée au Maroc, en Roumanie et en Chine pour rester compétitive, elle accélère aujourd’hui sa diversification vers des secteurs à fort potentiel comme l’aéronautique, le ferroviaire et la défense.
Cette orientation se concrétise déjà sur le terrain. Le site de Saint-Lubin-des-Joncherets a récemment franchi un audit de la SNCF, ouvrant la voie à la fourniture de composants ferroviaires à partir de 2027. Parallèlement, SACRED travaille pour le secteur de la défense, un domaine particulièrement exigeant en matière de cybersécurité et de protection des infrastructures.
Entre héritage industriel, gouvernance partagée et diversification stratégique, SACRED entame ainsi une nouvelle phase de son développement, résolument tournée vers l’avenir.